Publié le 12 octobre 2026

La dinde de l'Action de grâce vient à peine d'être rangée et, déjà, les vitrines annoncent décembre. Pour toi, cette année, le calendrier ressemble moins à une suite de fêtes qu'à une série d'obstacles : la première fois sans ta mère au réveillon, la chaise de ton conjoint au bout de la table, le cadeau que tu n'achèteras pas. Le deuil et le temps des fêtes forment un mélange particulier. Le reste de l'année, l'absence se vit souvent à petites doses; pendant les célébrations, elle prend toute la pièce.

Cet article ne cherche pas à te dire comment « bien » vivre ces semaines. Il propose des repères concrets pour les préparer, les traverser à ta façon et reconnaître le moment où un soutien extérieur pourrait t'aider.

Pourquoi les célébrations ravivent la peine

Les fêtes sont faites de rituels : les mêmes plats, les mêmes chansons, les mêmes places autour de la table. Ces répétitions sont précisément ce qui rend l'absence si visible. Chaque tradition rappelle qui la portait : celle qui faisait la tourtière, celui qui lançait les blagues pendant l'échange de cadeaux.

S'ajoute l'attente sociale. Autour de toi, on parle de joie, de retrouvailles et de bilan de l'année. Il est fréquent de se sentir en décalage, voire coupable de ne pas avoir le cœur à la fête. D'autres personnes vivent l'inverse : un moment de rire au souper, suivi d'un malaise d'avoir oublié leur peine quelques minutes. Les deux réactions sont humaines.

Et le deuil ne concerne pas seulement un décès. Une première année après une rupture, un parent placé en CHSLD qui ne reconnaît plus la famille, un enfant qui fête désormais chez l'autre parent : ces pertes peuvent aussi assombrir les fêtes. Si une séparation récente est au cœur de ce que tu vis, notre article sur le soutien après une séparation amoureuse peut t'éclairer.

Avant les rassemblements : décider plutôt que subir

L'appréhension des jours qui précèdent est parfois plus lourde que l'événement lui-même. Prendre quelques décisions à l'avance redonne un peu de contrôle.

  • Choisir tes présences. Tu n'es pas obligé d'assister à tout. Un souper sur trois, une arrivée après le repas ou un départ avant le dessert sont des options valables.
  • Prévoir une porte de sortie. Viens avec ta propre voiture ou conviens d’un signal avec une personne de confiance pour partir si la soirée devient trop lourde.
  • Annoncer tes limites. Une phrase simple suffit : « Cette année, je vais venir, mais je risque d'être plus tranquille. » Les proches sont souvent soulagés de savoir à quoi s'attendre.
  • Alléger la logistique. Si c'était la personne disparue qui organisait le repas, la question de qui reprend le flambeau peut créer des tensions. Il est possible de commander, de partager les tâches ou de simplifier le menu, au moins pour cette année.

Garder, changer ou créer une tradition

Il n'existe pas de bonne réponse à la question « Est-ce qu'on fait comme d'habitude? ». Certaines familles tiennent à reproduire chaque détail, par fidélité. D'autres ont besoin de tout changer : un autre lieu, une autre date, un restaurant plutôt qu'un repas à la maison.

Une voie mitoyenne consiste à intégrer la personne absente sans en faire le centre de la soirée :

  • allumer une bougie à sa mémoire au début du repas;
  • préparer sa recette préférée et dire à qui on la doit;
  • faire circuler une boîte où chacun glisse un souvenir écrit, à lire ensemble ou plus tard;
  • faire un don à une cause qui lui tenait à cœur, au lieu d'un cadeau.

Ce qui compte, c'est que le choix soit discuté. Les membres d'une même famille ne vivent pas la perte au même rythme, et une tradition imposée peut blesser autant qu'une tradition supprimée.

Parler de la personne disparue (ou non)

Plusieurs personnes en deuil racontent le même malaise : tout le monde évite de prononcer le nom de la personne décédée, par peur de faire de la peine. Ce silence peut donner l'impression qu'on l'a déjà oubliée. Si tu as envie qu'on parle d'elle, tu peux ouvrir la porte toi-même : « Ça me fait du bien quand on se rappelle ses histoires. »

À l'inverse, tu as le droit de ne pas vouloir en parler pendant le souper. Dire « Je préfère qu'on en parle un autre moment » est une limite légitime, pas une froideur.

Avec les enfants, des mots simples et vrais valent mieux que les détours. Les laisser participer à un petit rituel, comme dessiner une carte ou choisir une décoration en souvenir, leur donne une place dans le deuil familial.

Prendre soin de toi entre les fêtes

Les semaines de décembre bousculent le sommeil, l'alimentation et l'horaire. Quand on vit un deuil, ces repères aident à garder pied. Quelques gestes réalistes :

  • garder une heure de lever à peu près stable;
  • sortir marcher à la lumière du jour, même quinze minutes;
  • surveiller la consommation d'alcool, qui peut sembler apaiser sur le moment mais alourdit souvent l'humeur le lendemain;
  • prévoir un moment seul pour vivre ta peine, au lieu de la retenir toute la journée.

Le lendemain des rassemblements est souvent plus difficile que la soirée elle-même. Garde-toi du temps libre ce jour-là.

Quand chercher du soutien

La tristesse, les pleurs et la fatigue pendant les fêtes font partie du deuil. Certains signes indiquent toutefois qu'un accompagnement pourrait t'aider :

  • tu t'isoles de plus en plus et refuses toutes les invitations depuis plusieurs semaines;
  • tu n'arrives plus à fonctionner au travail ou à la maison;
  • la culpabilité ou la colère prennent toute la place;
  • tu dors très mal depuis longtemps ou tu as perdu l'appétit;
  • tu as l'impression de ne plus avoir de raison de continuer.

Un thérapeute en relation d'aide offre un espace d'écoute pour déposer ce que tu vis, mettre des mots sur l'absence et préparer les moments plus chargés de l'année. Si la tristesse s'installe et ressemble de plus en plus à une dépression, un psychologue peut évaluer la situation. Notre article sur la dépression décrit les signes à surveiller. Pour un portrait plus général du deuil et des différents professionnels qui peuvent t'accompagner, lis notre article sur l'aide au deuil sur la Rive-Sud.

Si ça ne peut pas attendre

Si ta vie ou celle de quelqu'un d'autre est en danger, compose le 911. Si tu as des pensées suicidaires, appelle ou texte le 9-8-8, jour et nuit. Le 811, option 2 (Info-Social), te met en contact avec un intervenant à toute heure, y compris pendant les congés. D'autres ressources sont regroupées sur notre page d'aide d'urgence.

Être accompagné au Cabinet CSMQ

Nos thérapeutes en relation d'aide et nos psychologues te reçoivent en personne à notre bureau de Chambly ou en visioconférence partout au Québec. Notre équipe est joignable du lundi au vendredi, de 8 h à 20 h, et le samedi matin.

Tu peux prendre rendez-vous en ligne ou nous appeler au 450 489-0882.

Cet article est fourni à titre informatif. Il ne remplace pas l'évaluation d'un professionnel de la santé mentale.

Deuil et temps des fêtes : traverser les rassemblements | CSMQ